
Ce que la Commission européenne vient de décider
Deux ensembles de mesures contraignantes précisent les obligations de Google : l’interopérabilité des assistants IA sur Android et le partage encadré de données de recherche.
La Commission agit dans le cadre du Digital Markets Act, le règlement européen qui encadre les grandes plateformes désignées comme contrôleurs d’accès. Elle avait ouvert en janvier 2026 deux procédures de spécification afin de clarifier la mise en œuvre des obligations de Google. Ces procédures ne sont pas des enquêtes de non-conformité et n’imposent pas d’amende par elles-mêmes. Elles définissent de manière juridiquement contraignante les conditions et les échéances à respecter.
Le principe avancé par la Commission est celui d’un accès plus égal aux fonctions d’Android. Aujourd’hui, les assistants concurrents disposent d’un accès limité à certaines capacités du système, alors que les services de Google peuvent les utiliser pleinement. L’Union européenne veut réduire cet écart et élargir le choix offert aux utilisateurs, sans annoncer la disparition de Gemini ni imposer un assistant particulier.
Les onze fonctions Android concernées
La Commission indique que Google devra ouvrir onze fonctionnalités du système Android à des services d’intelligence artificielle concurrents répondant aux critères prévus.
La décision doit notamment permettre à un utilisateur d’activer son assistant préféré par commande vocale, sur un principe comparable à l’activation de l’assistant de Google. L’assistant tiers pourrait aussi réaliser des actions dans des applications au nom de l’utilisateur. Les exemples publiés comprennent la réservation d’un taxi, la suggestion de réponses pertinentes dans une messagerie et la recherche d’informations sur un lieu récemment visité.
Ces exemples décrivent des possibilités d’interopérabilité, pas un accès automatique et sans limite à l’ensemble du téléphone. Les onze fonctions seront proposées uniquement aux concurrents qui remplissent les exigences de sécurité et de confidentialité. La Commission parle d’un accès à des capacités essentielles pour permettre une concurrence plus équilibrée, pas d’une suppression de toutes les règles techniques ou de toutes les permissions Android.
Pourquoi le calendrier de juillet 2027 est important
Les changements Android ne sont pas disponibles immédiatement : la Commission annonce un bénéfice pour les utilisateurs à partir de juillet 2027, dans une future version du système.
La date évite un contresens fréquent. Le 16 juillet 2026 correspond à la publication des mesures, pas au lancement des fonctions. Google doit encore les mettre en œuvre selon les conditions définies. Reuters indique qu’elles doivent arriver dans la prochaine itération d’Android concernée. Jusqu’à cette échéance, il serait trompeur de présenter l’ouverture comme déjà accessible sur les smartphones européens.
Le délai laisse aussi apparaître la nature du chantier. Donner à un assistant tiers la possibilité d’être activé à la voix ou d’agir dans une application implique des interfaces techniques, des règles d’accès et des contrôles de risques. À ce stade, les sources ne permettent pas d’affirmer quel assistant sera disponible, avec quelles fonctions exactes dans chaque appareil, ni si un service comme ChatGPT ou Claude deviendra l’option choisie par défaut.
Le partage de certaines données liées à Google Search
Une seconde mesure oblige Google à partager avec des moteurs et chatbots éligibles certaines données utilisées pour optimiser ses propres services de recherche, sous réserve d’anonymisation.
La Commission estime que Google Search est le seul à pouvoir collecter certaines données à grande échelle et que cet avantage rend la concurrence difficile. Les services de recherche tiers, y compris les chatbots qui proposent une fonction de recherche, doivent pouvoir recevoir les mêmes types de données utilisés par Google pour améliorer ses services. Le partage doit commencer en janvier 2027.
Cette ouverture n’est ni gratuite par principe ni sans contrôle. La décision prévoit une méthode à plusieurs niveaux pour anonymiser les données et une formule destinée à calculer le prix d’accès. Elle encadre également un processus transparent pour les demandes. Il serait donc faux d’affirmer que toutes les données de Google Search seront ouvertes gratuitement ou que des informations personnelles non anonymisées seront remises aux concurrents.
Les garanties de sécurité et de confidentialité
La Commission prévoit des garde-fous pour la vie privée, l’intégrité des appareils et la cybersécurité, tandis que Google pourra évaluer le risque posé par un tiers.
Pour Android, les onze fonctions ne seront accessibles qu’aux services qui respectent les critères de sécurité et de protection de la vie privée. Pour les données de recherche, Google pourra vérifier avant le partage si un tiers présente un risque sérieux en matière de cybersécurité ou de protection des données. La Commission indique aussi pouvoir adapter les mesures d’anonymisation en fonction de l’évolution du marché et d’évaluations indépendantes.
Google critique néanmoins les décisions. Selon Reuters, son représentant estime qu’elles pourraient affaiblir des protections importantes pour des millions d’Européens et que des propositions destinées à protéger les utilisateurs n’auraient pas été suffisamment prises en compte. La Commission soutient au contraire que les mesures contiennent des garanties robustes. L’opposition porte donc aussi sur la manière de concilier interopérabilité, concurrence et maîtrise du risque.
Ce que cela pourrait changer pour les utilisateurs européens
Si les services concurrents s’intègrent aux fonctions ouvertes, les utilisateurs pourraient disposer d’un choix plus large d’assistants capables d’agir au niveau du système.
L’évolution la plus visible pourrait être la possibilité de choisir un assistant qui ne soit pas celui de Google tout en conservant des interactions profondes avec Android. Un service tiers pourrait répondre à la voix, proposer une action dans une application ou utiliser le contexte autorisé du téléphone. Ce potentiel dépendra toutefois des services qui demanderont l’accès, satisferont aux critères et construiront les intégrations nécessaires.
La mesure ne concerne pas directement iOS et ne promet aucune substitution automatique. Demander si ChatGPT pourra remplacer Gemini constitue un angle éditorial légitime, mais la réponse factuelle reste conditionnelle. Les décisions rendent une concurrence technique plus plausible à partir de juillet 2027 ; elles ne déterminent ni le choix futur de chaque utilisateur ni le produit qui s’imposera.
Questions fréquentes
La Commission européenne indique que les utilisateurs commenceront à bénéficier des changements Android à partir de juillet 2027, dans une future version du système.
Non. Les mesures rendent possible un meilleur accès pour des assistants concurrents qui respectent les critères, mais elles ne garantissent ni leur disponibilité ni leur sélection comme assistant par défaut.
Non. La décision porte sur certaines données utilisées pour optimiser la recherche, partagées avec des services éligibles sous réserve d’anonymisation, de contrôles de risque et d’un mécanisme de prix.
Non. Les mesures visent à permettre une concurrence plus équilibrée avec les services de Google, dont Gemini. Elles n’imposent pas sa suppression d’Android.
Conclusion
L’Europe n’a pas désigné le futur gagnant des assistants mobiles. Elle a fixé les conditions d’une ouverture : onze fonctions Android pour les services éligibles à partir de juillet 2027, puis un partage anonymisé de certaines données de recherche dès janvier 2027.
L’effet réel dépendra des intégrations proposées, de leur conformité aux garde-fous et du choix des utilisateurs. La décision rend la compétition plus concrète au niveau du système, sans transformer une possibilité réglementaire en remplacement acquis de Gemini.



